Dans
ce livre Michel Onfray se penche à l'appui de nombreuses
références historiques sur les habitudes alimentaires
des "Grands Hommes" qui ont balisé le chemin
sans cesse contourné, remanié et controversé
qu'est la Philosophie dasn son caractère aussi universel
que disparate.
Les
lignes qui suivent sont des extraits choisis ou des "anecdotes"
rapportées à la lecture du livre.
Michel
Onfray a aussi commis parmi ses nombreux ouvrages l'extraordinaire
"La raison Gourmande"; ces deux livres sont édités
en format poche.
DIOGENE
OU LE GOUT DU POULPE ..
Dans
ce premier chapitre Michel Onfray qui ne cache aucunement son
admiration pour les cyniques (du mot chien) ne pouvait pas échapper
à l'apologie de Diogène
Hegel
a tort d'écrire de Diogène qu'il n'y a que des anecdotes
à raconter à son sujet" et des cyniques qu'ils
ne sont dignes d'aucune considération philosophique".
La saillie, le trait d'esprit signifient toujours plus que l'apparente
évidence. Le philosophe cynique est porteur d'une intraitable
volonté de dire Non, de débusquer le conformisme
à travers les habitudes. Le cynique est la figure emblématique
de l'authentique philosophe défini comme "La mauvaise
conscience de (son) temps"
(...) Nos âges d'intraitables mélancolie sacrifient
à toutes les illusions possibles. L'esthétique cynique
de Diogène est contrepoison à cette dériveobscurantiste,
volonté de lucidité.(...)
A
un interlocuteur qui lui disait que "vivre est un mal",
Diogène répondait:" Non, mais mal vivre...."
Le
philosophe au tonneau, bien que l'amphore fût plus pertinente,
le tonneau est une invention gauloise- va faire un usage pédagogique
des aliments. La clé de voûte de l'édifice
théorique cynique est l'affirmation de la supériorité
absolue de l'ordre naturel sur tout autre. La civilisation est
un auxiliaire de perversion: elle filtre l'innocence positive
etcristallise la corruption sur le réel, transformé
en objet hideux autour duquel gravitent interdits, scandales et
complexes. L'artifice est à bannir. Le projet de Diogène
est "le retour à une sauvagerie première"
et la nutrition est marquée ar cette volonté:"Sur
le plan théorique et dans leur pratique quotidienne, les
cyniques développent une véritable mise en question,
non plus seulement de la cité , mais de la société
et de la civilisation. Leur protestation est une critique générale
de l'état civilisé. Critique qui surgit au IV éme
siécle avec la crise de la cité et dont un des thèmes
majeurs est le retour à l'état sauvage. (...
Au
cuit consensuel de l'institution nutritive, Diogène oppose
le nihilisme alimentaire le plus échevelé marqué
en priorité par le refus du feu, de Prométhée
comme symbole de la civilisation. Le premier principe de la diététique
cynique est le cru. L'ensauvagement du cynique- l'expression est
de Plutarque- suppose l'omophagie comme déconstruction
su système de valeurs sur lequel repose la civilisation.
"Qu'est ce en effet que l'omophagie, écrit Marcel
Détienne,(...) sinon une manière de refuser la condition
humaine, définie par le sacrifice prométhéen
et imposée par des règles de savoir-vivre qui prescrivent
l'usage de la broche et du chaudron ?" Il s'agit pour les
omophages de se "conduire comme des bêtes(...) afin
d'échapper par le bas , du côté de la bestialité"
Diogène
ira jusqu'aux transgressions les plus sacrilèges: là
où les autres consomment cuit, il veut le sang, la viande
gorgée.(...)Le goût Diogènien pour le sand
n'exclut pas un végétarisme pratique. Diogène
Laërce rapporte l'essai du philosophe en matière de
viande humaine. On ne sait s'il réussit à dépasser
ses répugnances à cet égard. Toujours est-il
que l'expérience, si elle eût lieu, ne fut pas transformée
en habitude. Plutôt un happening en cité grecque.
La somme d'anecdotes transmises sur Diogène le montre plus
fanatique d'olives et de baies sauvages que de gigots humains
.
L'éloge cynique de la vie simple s'accomode avec moins
d'ennuis de la frugalité facile sous le soleil helléne.
Diogène est plusieurs fois campé en paisible cueilleur
de figues, de fruits et de racines. Il boit aux fontaines l'eau
fraîche des sources, et a commissure de ses lèvres
fut plus souvent reluisante d'eau et limpide que d'hémoglobien
provocante.
L'approvisionneemnt de Diogène en matière de nourriture
est simple: la nature forunit assez de produits pour qu'on puisse
se contenter de cueuillette. Il nie de la sorte l'évolution
qui conduit à l'improvisation , à la planification,
de l'errance et du nomadisme des pâtres à la sédentarité
des éleveurs (...) la vie heureuse sur terre est possible
par l'économie de l'inutile et du luxe.
Aucune
existence n'accède à la beauté sans une mort
à la hauteur. Celle de Diogène n'est pas sans rapport
avec la nourriture. Les traditions prêtent au philosophe
plusieurs façons de prendre congé du monde. L'une
prétend qu'il en aurait fini avec la vie en retenant volontairement
sa respiration. Ou: de la maîtrise. L'autre qu'il aurait
été victime d'un chien mécontent de se voir
disputer un poulpe cru. Ou: de l'ironie du combat des "chiens"
. La dernière suppose qu'il aurait eu une indigestion après
ingestion de son butin. Ou: de la punitiondes règles alimentaires
transgressées. A moins qu'il ne s'agisse d'une façon
de rendre conséquentes les pratiques cyniques du maître.
Plutarque rapporte ainsi les faits:" Diogène osa manger
un poulpe cru afin de rejeter la préparation des viandes
par la cuisson au feu. Alors que beaucoup d'hommes l'entouraient,
il s'enveloppa de son manteau et, portant la viande à sa
bouche, il dit " C'est pour vous que je risque ma vie; que
je cours ce danger"
Peu avant de mourir , il avait demandé qu'après
son trépas , on le jette dehors, sans sépulture,
en proie aux bêtes sauvages, ou qu'on le culbute dans quelque
fossé en le recouvrant d'un peu de poussière.