
Sommaire
littérature
Charles
MONSELET
Le
sonnet de l'asperge
Oui, faisons lui fête !
Légume prudent,
C'est la note honnête
D'un festin ardent.
J'aime que sa tête
Croque sous la dent,
Pas trop cependant.
Énorme elle est bête.
Fluette, il lui faut
Plier ce défaut
Au rôle d'adjointe,
Et souffrir, mêlé
Au vert de sa pointe,
L'or de l'œuf brouillé.
LA
TRUITE
(Sonnets gastronomiques)
Dans
une agape bien construite
Envisagez assurément
L'apparition de la truite
Comme un joyeux événement.
Quelques-uns
la demandent cuite,
Avec maint assaisonnement
Pris aux recettes qu'on ébruite.
Je la veux frite simplement.
Truites
blanches ou saumonées,
D'Allemagne ou des Pyrénées,
poissons charmants, soyez bénis !
Mais
je sais les roches hautaines
où se cachent vos souveraines;
Salut, truites du Mont-Cenis !
LE
COCHON
(Le plaisir et l'amour)
Car
tout est bon en toi: chair, graisse, muscle, tripe !
On t'aime galantine, on t'adore boudin
Ton pied, dont une sainte a consacré le type,
Empruntant son arôme au sol périgourdin,
Eût
réconcilié Socrate avec Xanthippe.
Ton filet, qu'embellit le cornichon badin,
Forme le déjeuner de l'humble citadin;
Et tu passes avant l'oie au frère Philippe.
Mérites
précieux et de tous reconnus !
Morceaux marqués d'avance, innombrables charnus!
Philosophe indolent qui mange ce que l'on mange !
Comme, dans notre orgueil, nous sommes bien venus
A vouloir, n'est-ce pas , te reprocher ta fange ?
Adorable cochon ! animal roi- Cher ange !