Pourquoi
ces images?
Avant
d'enseigner, alors que je cherchais une nouvelle
place, je visitais les labos d'un traiteur local
très réputé.
Malgré un salaire alléchant et des
conditions de travail ma foi acceptables pour l'époque..
j'ai refusé.
On n'en était pas encore à l'HACCP
et les premières directives du 26/09/80 maintenant
abrogées m'étaient inconnues...
Le
traiteur prospère, il se diversifie et s'étend.
J'ose
espérer qu'aujourd'hui il travaille autrement...
Parce
que fort d'une expérience reculée
en matière d'hygiène, de par mon passé
professionnel et mes responsabilités de formateur,
j'ai remarqué avec lassitude et il faut le
dire avec fatalisme la difficulté à
assurer une hygiène idéale au sein
d'une cuisine.
Ces
prélèvements mettent en lumière
multiples micro organismes..
Malins ou inoffensifs ils peuplent nos cuisines,
nos frigos, nos mains, nos vestes, nos couteaux,
nos chambres froides, l'air que nous respirons et
le sol que nous foulons de nos chaussures de sécurité
réglementaires.
En
organisation classique (hors collectivités
et restauration sociale bien agencée)
Le
cynique étant que ces contrôles ont
été effectués dans une cuisine
venant d'être nettoyée, astiquée..
Les cuisiniers ayant manipulé les matériels
à remettre en état avec des tenues
propres...
Les
prélèvements ont eu lieu sur les personnels,
les matériels nettoyés..
Le tout en fin de nettoyage.
Le
résultat est éloquent.
Les salmonelles, les colliformes, les staphylocoques,
les germes de tous genre pullulent.
Ce
n'est pas un mythe.
Faut-il alors incriminer les produits destinés
au nettoyage, à la décontamination,
aux moyens offerts aux équipes pour respecter
les procédures de nettoyage...
Le manque de contrôle d'hygiène des
personnels, la non-distinction faite entre le travail
de production culinaire et la partie entretien des
locaux et des matériels qui devraient être
distingués.
Aujourd'hui
face à la réglementation il est difficile
d'être cuisinier et technicien d'hygiène
et de salubrité.
Les chemins sales et propres se croisent, cohabitent,
copulent, se multiplient et présentent des
risques inimaginables.
Avant
de juger, de faire des cuisiniers de petits soldats...
gaiement... et en rang par deux...
Portons
des chaussures de sécurités.. mais
surtout ne les entretenons pas.
Travaillons avec des vestes blanches, mais surtout
ne les nettoyons que quand les tâches se voient..!
Posons sur nos têtes surdimensionnées
des toques immaculées de papier si chères
que l'on sait les utiliser des semaines durant...
Lavons nos ateliers et nos cuisines avec une éponges
immonde et un grattoir incrusté de matières
pour rendre propre les cuisines...
Lavons nous les mains que quand celles-ci nous gênent...
Continuons à ne nettoyer que ce qui se voit.
Rejetons sur les autres nos incompétences...
et jouons au fatalisme...
Apprenons
ensemble...
"Ce
n'est pas ma faute"
"J'ai signalé le problème"
"Je suis clean, j'ai rempli ma fiche de suivi
HACCP"
"Je n'y peux rien, c'est ma hiérarchie
qui endosse la responsabilité"
"Je ne peux pas appliquer la réglementation
car mes locaux ne sont pas aux normes"..
"Ce n'est pas moi... c'est donc mon collègue"
et
comme de l'"oeuf ou la poule on ne sait pas
qui est responsable, ou si on le sait celui-ci trouvera
vite un coresponsable à qui refiler le bébé...
etc..etc....
Cessons
de nous mettre la tête dans le sable.
Refusons simplement de plier et de jouer à
l'aveugle.
Le
cuisinier devrait refuser d'accepter de travailler,
produire , manipuler dans ces conditions.
Chacun derrière son fourneau, sur sa table
de travail a connu, ou connaît ce dégoût
devant une zone, un produit, un matériel
non conforme...
Alors ne nous laissons pas dicter notre raison car
nous en somme pourvus.
L'HACCP
nous permet de mettre le nom d'un responsable, de
signaler et de nous montrer citoyen.
Justifions....
Travailler
en noir, en blanc, en rouge, quelle belles affaires,
si celles-ci sont propres...!
Mettre à nos pieds des chaussures entretenues,
tant que nous y sommes bien, et que celles ci soient
facilement nettoyables.
Employer des fiches de suivi et de contrôle
la belle affaire si elles sont ensuite analysées
et traitées.
Contrôler et analyser .. superbe.. si les
corrections sont ensuite établies.
Travailler en équipe si chacun est prêt
à écouter et à rectifier son
attitude.
Recevoir des formations hors de prix stériles.
Signer des contrats juteux avec des commerçants
de lessives peu scrupuleux.
Afficher de belles affiches siglées "HACCP"
comme un crucifix dans un casino clandestin..
Ce
soir je souris avec tristesse, et dans ma cuisine
familiale, je sais que mes invités sortiront
toujours sur leurs pieds...!
Et
si je m'habille de noir dans ma cuisine c'est que
je suis en deuil de celle ci et de ceux qui par
le monde sont victimes de ce laisser aller criminel.
Ce n'est pas pour provoquer, mais le blanc n'a jamais
fait reculer les microbes, les miasmes et les risques.
Les chirurgiens travaillent en vert, les infirmières
en bleu...
Il
y a quelques siècles les cuisiniers étaient
habillés de sombres.
A cette époque les normes d'hygiène
n'étaient pas fondées comme aujourd'hui;
à l'âge de la machine à laver,
des produits désinfectants et des textiles
légers et facilement entretenus.
Assez
de ce neo obscurantisme et laissons le cuisinier
redevenir maître de sa cuisine avec ses responsabilités
.. mais de grâce permettons lui de mener à
bien sa mission en lui laissant les moyens pour
atteindre cette obligation de résultats.