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Sommaire
littérature
Thomas
HARRIS
HANNIBAL
(éditions
Albin Michel)
Lire un article paru dans le Nouvel Observateur de la semaine du
5 au 11 mai 2001
Cliquez ici (pdf)
C'est
la suite du livre "Le silence des agneaux".
Hannibal Lecter, serial Killer se dévoile comme étant
un personnage doué d'une culture extraordinaire, d'un goût
prononcé pour l'épicurisme et d'une éducation
parfaite. Son style, sa maîtrise et sa personnalité
en ferait un personnage très séduisant; un seul défaut
: le docteur Hannibal Lecter est cannibale et comble de l'ironie,
il adore cuisiner ....
A
noter qu'en 1900 on comptait encore 60 millions de cannibales au
travers du monde et qu'en 1950 seulement 6 millions.. les traditions
culinaires se perdent !!
(source Nouvel Obs semaine du 3 au 9 mai 2001)
(La
mise en place)
Il
aimait courir les magasins, le docteur Lecter . Il se rendit tout
droit chez Hammacher Schlemmer, spécialiste des accessoires
de décoration et des ustensiles de cuisine .Là,
il prit tout son temps. La tête encore pleine de l'odeur
et du calme de la forêt, il mesura avec son mêtre
de poche trois paniers à pique-nique de bonne taille, tous
en rotin verni avec des courroies en cuir et de solides attaches
en laiton. Il se décida finalement pour le moins imposant,
puisqu'il s'agissait de pique-niquer en solitaire. Le panier était
équipé d'une thermos, de gobelets, d'assiettes en
porcelaine résistante et de couverts en acier inoxydable.
Il fallait acheter l'ensemble.
En
s'arrêtant ensuite chez Tiffany puis à la boutique
Christofle, il remplaça les lourdes assiettes par un service
de Gien à décor dit "de chasse", avec
feuilles ciselées et oiseaux en vol. Chez Christofle, il
se procura un service pour une personne en argenterie française
du XIX éme siècle, sa préférée,
à motif Cardinal, avec la marque du fabricant dans le creux
des cuillères et le poinçon de la ville de paris
garantissant le titre du métal au dos des manches.
Les
fourchettes , très incurvées, avaient des dents
largement écartées. Les couteaux étaient
lestés pour peser agréablement dans la paume et
d'ailleurs toutes les pièces, une fois en main , donnaient
l'impression de tenir un bon pistolet de duel. En matière
de cristal, il hésita longtemps sur la taille des verres
à dégustation avant d'élire un ballon à
cognac élancé. Pour les verres à vin, par
contre, la cause était entendue: il acheta des Riedel en
deux tailles, chaque modèle laissant toute la place nécessaire
au nez.
C'est
aussi chez Christofle qu'il trouva des napperons en lin d'un blanc
crémeux, ainsi que de superbes serviettes damassées,
ornées dans un coin d'une minuscule rose de Damas, comme
une goutte de sang brodée. Amusé par le jeu de mots
que suggérait cette décoration, il en prit six afin
de ne jamais en manquer quand certaines seraient à la blanchisserie.
Il
fit ensuite l'acquisition de deux réchauds à alcool
très puissants , du même modèle que ceux utilisés
sur les dessertes de restaurant, d'une ravissante sauteuse en
cuivre et d'un fait-tout, également en cuivre, qu'il réservait
aux sauces, ces deux ustensiles en provenance du fabricant parisien
Dehillerin, ainsi que deux fouets de cuisine en provenance du
fabricant parisien . Il ne réussit cependant pas à
trouver des couteaux en acier trempé, qu'il préférait
de loin à l'inoxydable, pas plus que certains outils à
découper destinés à un usage particulier
qu'il avait été obligé de laisser en Italie.
Sa
dernière étape fut un magasin de matériel
médical non loin du principal hôpital de la ville,
où il trouva une excellente affaire en l'espèce,
une scie d'autopsie Stryker pratiquement neuve. L'instrument n'avait
pas seulement l'avantage de s'emboîter exactement à
la place originellement prévue pour la thermos dans son
panier, il était encore sous garantie et équipé
de plusieurs lames interchangeables, dont une pour la boîte
crânienne.Ainsi sa "batterie de cuisine " comme
disent les Français, était presque complète.
Chez
le docteur Lecter , les portes-fenêtres sont maintenant
ouvertes à la fraîcheur de la nuit . Sous la lune
et les ombres mouvantes des nuages , la baie est tantôt
argent, tantôt de suie. Un de ses nouveaux verres en cristal
est posé sur un chandelier à pied près de
l'épinette. Le bouquet du vin se mêle à l'air
marin et le docteur Lecter peut le humer sans même avoir
à retirer ses mains du clavier.
Dans
sa vie , il a eu des clavicorde, un virginal et encore d'autres
instruments anciens, mais il aime par dessus tout le son et le
toucher de l'épinette (...)
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(L'apéritif)
Starling
fut réveillé par les accords lointains de musique
de chambre et par des arômes de cuisine épicée.
Elle se sentait merveilleusement reposée , et affamée.
Il y eut un coup discret frappé à la porte et le
docteur Lecter entra , vêtu d'un pantalon sombre, d'une
chemise blanche et d'un foulard de soie. Il portait une housse
à habits sous un bras et un cappucino dans l'autre main,
pour elle.
-Vous
avez bien dormi ?
-Magnifiquement, merci.
-Le chef m'annonce que le dîner sera servi dans une heure
et demie. Cela vous convient ? J'ai pensé que ceci pourrait
vous plaire. A vous de voir .
Il
suspendit la housse dans le placard et se retira sans un mot de
plus.
(...)
Deux
verres étaient préparés devant l'âtre.
Il reprit contenance en allant les prendre et en en tendant un
à Clarice Starling. Du Lillet avec un zeste d'orange.
-Même si je vous voyais tous les jours encore, à
jamais, je me souviendrais de ce moment.
Ses yeux sombres ne la quittaient pas.
(...)
Elle
leva son apéritif à hauteur de son regard égal
de fille de la Prairie, ferme sur sa position.
A
cet instant le docteur Lecter comprit que , malgré tout
son savoir et son intrusion dans la vie privée de Starling,
il ne serait jamais entièrement capable de prévoir
ses réactions, et encore moins de l'avoir sous sa coupe.
(...)
-Clarice,
le dîner est un tribut au goût et à l'odorat,
les plus anciens des sens et aussi les plus proches du centre
de la pensée. Le goût et l'odorat résident
dans des régions de l'esprit qui ont préséance
sur la pitié, et la pitié n'est pas reçue
à ma table. Mais le cérémonial, le spectacle
et les échanges du dîner jouent sur le dôme
du cortex tels les miracles illuminés au plafond d'une
église. Cela peut se révéler bien plus passionnant
qu'une pièce de théâtre.
(...)Le docteur Lecter injecte une substance dans le bras de Starling
------------
(Le
service)
Avertissement ce passage peut choquer le lecteur sensible.
A
leur entrée dans la salle à manger, le courant d'air
fit frémir des bougies et des chauffe-plats. Starling,
qui s'était jusqu'alors contentée de traverser cette
pièce, fut émerveillée par les transformations
apportées. Tout était lumineux, accueillant. Les
grands verres en cristal bien rangés multipliaient l'éclat
des chandelles sur la nappe crémeuse, un écran de
fleurs délimitait un espace plus intime sur l'immense table.
Comme
le docteur Lecter avait disposé l'argenterie au tout dernier
moment , elle sentit une chaleur de fièvre sur le manche
du couteau lorsqu'elle effleura ses couverts.
Après lui avoir versé à boire, le docteur
lui servit un amuse-gueule minimaliste, une unique belon flanquée
d'une minuscule saucisse. Il était pressé de s'asseoir
devant son verre de vin empli à moitié et d'admirer
sa convive dans le cadre du dîner. (...)
-C'est
quoi le menu ?
Il posa son index sur les lèvres.
-Il ne faut pas demander , cela gâche la surprise.
Ils parlèrent de la technique de taille des pennes de corneille
et de leurs effets sur la sonorité de l'épinette.
Le souvenir de l'un de ces oiseaux venu chaparder sur le chariot
de service de sa mère au balcon d'un motel, des lustres
auparavant, traversa l'esprit de Starling(...)
-Vous avez faim ?
-Oui !
-Alors passons aux entrées.
Il alla chercher un plateau sur la desserte, qu'il posa près
de sa place, puis approcha une table roulante sur laquelle étaient
alignés ses casseroles, ses réchauds et ses condiments
dans de petits bols en cristal.
D'abord
un bon morceau de beurre des Charentes dans le fait-tout, qu'il
remua sur le feu et laissa brunir jusqu'à obtenir un authentique
"beurre noisette". Lorsque la préparation parvint
à la couleur voulue, il mit le réchaud de côté,
sur un dessous de plat. Il sourit à Starling. Ses dents
étaient très blanches.
-Vous vous rappelez , ce que nous avons dit à propos des
remarques déplaisantes qui peuvent devenir très
amusantes selon le contexte, Clarice ?
-Ce beurre sent merveilleusement bon ! Oui, je m'en souviens.
-Et vous n'avez pas oublié la femme que vous avez vue dans
le miroir, à quel point elle était belle ?
-Ne m'en veuillez pas de dire ça docteur Lecter, mais je
commence à me sentir un peu comme à la maternelle,
là ! Je me la rappelle parfaitement, oui .
-Parfait.. Mr Krendler va se joindre à
nous pour les entrées.
A
ces mots , il s'empara du grand bouquet et alla le poser sur la
desserte.
Le
sous-inspecteur général Paul Kendler en personne
était assis à la table, dans un solide fauteuil
en chêne. Il ouvrit de grands yeux et regarda autour de
lui. Il portait son bandeau de jogging et un très beau
costume d'ordonnateur des pompes funèbres, avec la chemise
et la cravate intégrés.(...)
Le
docteur Lecter avait déjà saisi une pince en argent
sur la desserte avec la quelle il retira d'un coup sec l'adhésif
qui couvrait la bouche de Krendler
-Encore bonsoir Mr Krendler.
-Bonsoir.
Il n'avait pas tout à fait l'air dans son état normal.
Son couvert était mis, une petite soupière individuelle
posée sur son assiette.(...)
(S'ensuit un dialogue, Krendler insulte Starling, continue à
la menacer et à la harceler moralement)
-Ne
nous attendez pas , Mr Krendler, intervint le docteur Lecter.
Goûtez votre potage , pendant qu'il est encore chaud. Il
souleva le couvercle de la petite soupière et glissa une
paille entre les lèvres de Kredler.
Celui ci fit la grimace.
-Pas très bonne cette soupe.
-Une infusion de persil et de thym
, en fait. Qui est prévue pour notre satisfaction plus
que pour la vôtre. Prenez encore quelques gorgées
et laissez bien circuler.(...)
(Starling répond à Krendler)
Elle 'arrêta pour prendre une gorgée du merveilleux
bourgogne blanc qui emplissait son verre, se tourna vers le docteur
Lecter.
-Superbe. Mais à mon avis, on devrait le sortir du seau
à glace.
Puis en hôtesse prévenante, elle revint à
son invité.
-Vous n'êtes qu'un mufle; annonça-t-elle d'un ton
amène. Et un mufle sans le moindre intérêt,
en plus. Mais assez gâché ce splendide dîner
avec vous. Puisque le docteur Lecter vous reçoit à
sa table, je vous souhaite bon appétit.
Le docteur avait ajouté des échalotes
à son beurre fondu au moment où leur parfum pénétrant
s'éleva, il compléta la sauce avec des câpres
émincées, retira la casserole du feu et remplaça
par la sauteuse. Il prit un grand bol en cristaux rempli de d'eau
glacée et un plateau en argent sur la desserte, les posa
près de Paul Krendler. Ce dernier continuait à invectiver
Starling (...)
(Le
docteur s'approche de Krendler)
Il lui retira son bandeau de jogging, comme on enlève la
bande plastifiée autour d'une boîte de caviar.
-Tout ce que nous vous demandons, c'est de manifester une certaine
"ouverture d'esprit"...
Avec précaution, des deux mains, il souleva la calotte
crânienne de Kredler, l'installa sur le plateau et rapporta
le tout à la desserte. L'incision , très nette,
ne saignait pratiquement pas: les principaux vaisseaux avaient
été ligaturés, les autres neutralisés
par une anesthésie locale et le crâne
scié à la cuisine, une demi-heure avant le début
du dîner.
La méthode utilisée par le docteur Lecter était
aussi ancienne que la médecine égyptienne , sinon
qu'il avait pu profiter des avantages modernes d'une scie d'autopsie,
d'un craniotome et d'anesthésiques plus puissants. Le cerveau
ne ressent pas la douleur quand elle s'applique à lui-même.
Au-dessus
de la boîte crânienne tronquée, le dôme
de la masse cervicale, d'un rose grisâtre, émergeait
nettement.
Penché sur Krendler avec un instrument qui ressemblait
à une curette d'amydalectomie, le docteur Lecter préleva
une tranche du lobe frontal, une autre encore jusqu'à en
avoir retiré quatre. Les yeux de Krendler étaient
levés comme s'il surveillait l'opération. Le docteur
déposa les tranches dans le bol d'eau glacé , acidulée
d'un jus de citron, afin d'en raffermir la chair.
(...)
La gastronomie classique veut que la cervelle soit rincée,
essorée et mise au frais une nuit entière pour lui
donner toute sa fermeté. Il s'agit d'éviter que
la pièce , exposée à l'air depuis peu, ne
se désintègre en un petit tas de gélatine
informe.
Avec
une admirable dextérité, le docteur Lecter coucha
les tranches raffermies sur une assiette, les saupoudra de farine
assaisonnée puis de miettes de brioches à peine
sortie du four. Il râpa une truffe fraîche au-dessus
de sa sauce, qu'il releva d'un trait de jus de citron. IL saisit
rapidement les tranches, les faisant dorer de chaque côté.
-Ca sent bon ! croassa Krendler.
Après avoir dressé les filets sur des canapés,
il les nappa de sauce et de la melles de truffe. Sur les assiettes
chaudes, une garniture de persil et de câpres non équeutées,
ainsi qu'une fleur de capucine couchée sur un lit de cresson
pour rehausser l'ensemble, vinrent compléter sa présentation.
La voix de Krendler s'éleva derrière le bouquet
qui avait été replacé en écran devant
lui, avec une force incontrôlée, comme c'était
souvent le cas chez les sujets ayant subi une lobotomie:
-Comment c'est ?
-Délicieux, vraiment fit Straling. C'est la première
fois que je mange des câpres.
Le
docteur Lecter trouvait ses lèvres particulièrement
troublantes sous le luisant subtil que leur donnait la sauce.
Derrière son rideau de verdure, Krendler chantonnait, pour
l'essentiel des refrains de jardin d'enfants. Sa conduite l'exposait
aux remontrances, mais le docteur et Starling l'ignorèrent.
(...) Krendler dans un sursaut reprend une tirade d'insultes à
l'encontre de Starling)
-Attendez(...)
quand je vais en redemander encore ! Répliqua Starling,
ce qui provoqua chez Hannibal Lecter une jubilation qu'il eut
du mal à contenir.
Lorsqu'ils se resservirent, le lobe frontal disparut dans son
entier ou presque pratiquement jusqu'au cortex cérébral
moteur. Krendler en fut réduit à d'absurdes remarques
limitées à son champ de vision immédiat et,
derrière le bouquet à la récitation ânonnante
d'un long et obscène poème intitulé "Shine".
(...) Le docteur Lecter achève Krendler par un lancer d'arbalète)
-Poursuivons notre dîner, dit le docteur. Un petit sorbet
pour nous rafraîchir le palais avant de passer aux cailles.
Non, non, ne vous dérangez pas! Mr Krendler va m'aider
à débarrasser, si vous voulez bien l'excuser...
Le service fut des plus rapides. A l'abri du rideau floral, Lecter
racla le fond des assiettes dans le crâne ouvert, les empila
sur les genoux de Krendler, remit la calotte, saisit la corde
du plateau à roulettes sur lequel son fauteuil était
fixé et entraîna le tout à la cuisine.
Là il retendit son arbalète, qui avait l'avantage
de pouvoir se brancher sur la batterie de sa scie d'autopsie.
Les
cailles , farcies au foie gras avaient
la peau craquante à souhait (...) Le dessert serait servi
au salon.
Paul
Krendler est le supérieur hiérarchique de l'agent
spécial Starling, elle l'a éconduit par le passé
et celui ci n'a de cesse de lui mettre des bâtons dans les
roues.

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