M.
Chu, le plus grand cuisinier de Taipeh, a trois filles, maintenant
devenues grandes et rebelles, le clan vit autour des plats somptueux
de M. Chu, et des histoires de chacun.
Sucré
- Salé
Portraitiste,
il dessine par petites touches des univers qui conduisent au
bonheur ou à la tragédie. Musique, décors, reconstitutions....
tout l'inspire, et demeure harmonieux à chacun de ses films.
Même sa microbiologiste de femme, spécialisée dans les régimes
alimentaires et leurs effets, lui fait imaginer ses 3 premiers
films dans des milieux culinaires. Il sait, en un plan, donner
de la légèreté ou de la gravité. Nous angoisser pour ce gamin
qui s'amuse sur le verglas. Et quelques temps plus tard nous
déchirer avec le visage de Sigourney Weaver, déconfit, défait
par les abus d'alcool et de sexe, punie par son irresponsabilité.
Ang Lee a la force de donner de l'humanité à chacun des rôles
qu'il met en scène. Mieux que ça, il apporte un regard totalement
extérieur à cette Amérique perpétuellement en conflit - social
ou politique -, à ces civilisations arrimées dans des traditions
ancestrales et tuant l'amour, à ces gens qui cherchent un sens
à leur vie. La cuisine, si importante dans sa filmographie,
représente l'union, le bonheur, le plaisir. Un plaisir sucré
salé justement. Lui-même se révolte. C'est en tournant le très
propre et très sophistiqué Raisons et sentiments, scénarisé
par Emma Thompson, qu'il a envie de faire une film avec des
gens aux ongles sales. Ride with the Devil fera donc écho à
Jane Austen. Tout comme il y a une symétrie entre R&S et The
Ice Storm. L'un expose des gens biens en apparence, mais cruels
en eux-mêmes; l'autre détaille des gens qui ont le diable au
corps mais aspire à une vie morale, saine, équilibrée.